Echenoz

Publié le par Malgven

   Alors alors. J'avais envie il y a quelques jours de vous parler de Jean Echenoz, puisque j'ai lu "L'équipée malaise". (Et c'est pas facile de taper avec des gants - ben oui la main sur la souris prend froid.) L'envie m'en était passée avec les événements des derniers jours, mais dans l'inactivité de la pluie sur la neige (c'était si beau, pff) le voilà, ce petit billet.
   Echenoz. Il écrit des histoires d'aventure, d'espionnage, d'expédition (ou de vraies - fausses biographies, comme "Ravel"). Il se passe des tas de trucs dans ses livres mais ce n'est jamais trépidant. Les héros n'en sont pas vraiment, ils sont souvent un peu gris ou juste ordinaires, dans leurs motivations tout au moins. Dans "L'équipée malaise" ils sont pourtant clochard digne ou gérant de plantation d'hévéa, héritier d'imprimerie ou cascadeur (et petits trafiquants) ; ils ont une vie que l'on pourrait qualifier d'exotique, à tout le moins de différente. Mais voilà, la narration est toujours un peu à côté. Elle n'obéit pas aux règles du genre. Donc c'est drôle, mais toujours discrètement. L'atmosphère, quelle que soit la météo, est grise. Un sentiment d'inutilité, une absence de but. J'ai beaucoup de mal à définir cette impression assez semblable que j'ai à chaque fois que j'ouvre un roman de Jean Echenoz.

   Bref, j'aime bien. Et pourtant j'oublie souvent les détails de l'histoire. Mais je ne suis jamais déçue - même si je ne suis pas forcément enthousiaste non plus - je retrouve quelques détails qui me plaisent, et son style.
   Quelques exemples :
   "Tôt le matin, à la réticence générale, le duc s'installa au volant de la Land Rover." Difficile d'expliquer pourquoi me plaît tant l'expression "à la réticence générale" dans cette phrase.
   "C'était encore Justine dans sa chambre grise. Dehors, les nuages blancs filtraient le jour suivant - froide lumière de néon scialytique, posée sur toute chose équitablement. Des cris d'enfant récréés montaient d'une cour proche, des pigeons bondissaient tels des sauterelles obèses, impavides parmi les corniches, les barres d'appui, les toits."
   "Paul J. Bergmann, un homme qui est au milieu de sa vie si tout va bien, sortit dans la rue Jules Verne et regagna sa Mitsubishi Colt. Suivant les sens uniques, il contourna quelques pâtés de maisons avariées pour retrouver la direction du Sud. Quatre grands hommes noirs, rue de la Fontaine-aux-Rois, tiraient une grande chèvre noire morte du coffre d'une petite Renault bordeaux. Au tableau de bord du véhicule, les cadrans et voyants disaient que tout est normal, la montre digitale affichait dix-huit heures, l'autoradio donna du Buxtehude puis du Joe Pass, un instant shuntés pour qu'une proche voix soyeuse vînt confirmer que tout est normal. " (L'absence voulue de concordance des temps de ce "tout est normal", qui donne l'impression d'entendre cette voix synthétique, est du même ordre que les quelques interventions du narrateur dans le texte : discrète et, pour moi, extrêmement réjouissante.)



Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article