La thèse (souvenirs souvenirs)

Publié le par Malgven

   A lire quelques médecins sur twitter en préparation de thèse, je me remémore la mienne... Quelques bons souvenirs, mais si, et puis aussi les désillusions, les moments d'angoisse, les moments où l'on ne fait rien et où l'on sait bien qu'on ferait mieux de "faire sa thèse". 

   Commençons par expliquer un peu comment c'était, l'année de thèse, quand j'étais à l'école. Oui, parce que ça change tout le temps, et c'est pas fini. Rappelons aussi que c'est une thèse d'exercice, une petite thèse en un an qui permet d'exercer le métier de vétérinaire sans être sous l'autorité d'un autre, et de délivrer des médicaments. Ce n'est pas une thèse de doctorat qui prend des années et qui est vraiment une thèse de recherche.

   Donc, la dernière année d'école, dite T1 pro (mais siiii troisième cycle première année pro...fessionnalisante ?), qui était à mon époque la cinquième, et la sixième après le bac, était celle où l'on choisissait une orientation, on ne peut pas parler de spécialité. On choisissait par exemple de s'occuper d'animaux de compagnie ou d'animaux de ferme, mais certaines T1 pro s'intitulaient "qualité du lait" ou "faune sauvage". Il y avait aussi les fameux projets personnels, où c'était un peu à la carte si ça tenait debout. Un des semestres devait se composer de cinq semaines de cours et le reste en stage, l'autre semestre était consacré à la thèse. 

   Bon, ça c'est la théorie, en pratique les cours étaient dispersés sur toute l'année et les stages aussi. Pis on avait le droit de faire des stages en plus, j'en ai fait, et de bosser un peu pour se faire des sous, j'ai fait de la prophylaxie comme plein de gens. Oui, j'étais en T1 pro "rurale", je n'ai soigné que des grosses bêtes cette année-là. 

   Pour en finir avec le cursus, soit, comme moi, après la T1 pro, on commençait à bosser pour de vrai, en tant que salarié souvent. (Et on gagne sa vie !) Soit on continuait. Là pour le coup je crois que c'est toujours d'actualité, il y a plusieurs solutions : internat d'un an, qui peut se poursuivre par assistanat et résidanat, il existe aussi des CEAV (certificats d'études approfondies vétérinaires) en un an, DESV (diplômes d'études spécialisées vétérinaires) en trois ans, et d'autres formations plus légères qui peuvent se faire tout en travaillant.

   Dans le cas où l'on souhaitait continuer ses études par exemple par un internat, il fallait avoir bouclé sa thèse à la fin de l'année scolaire, en juin. L'admission en internat se faisait sur dossier. Dans le cas contraire, on avait jusqu'à la fin de l'année civile pour finir sa thèse, et il me semble jusqu'au 31 janvier de l'année suivante pour la soutenir. Je l'ai soutenue le 6 janvier 2006, je n'étais pas particulièrement en avance. Je l'avais finie dans l'automne, je bossais depuis le 21 novembre 2005 et pour les démarches administratives... même avec le temps ce ne sont pas de bons souvenirs. 

   J'ai des amies qui ont travaillé dès le mois de juin sans avoir fini leur thèse, et comme en bossant ben c'est pas évident, elles l'ont soutenue l'année d'après, et ont dû se réinscrire à l'école vétérinaire pour un an de plus, et payer les droits d'inscription (c'est public, mais ça faisait quand même 900 € à l'époque). D'autres élèves s'y étaient pris à l'avance, avaient commencé leur thèse plus tôt, par exemple à l'occasion d'un redoublement où ils n'avaient que peu de matières à valider, ou simplement parce qu'ils avaient déjà un sujet qui leur tenait à coeur. 

   Les thèses pouvaient être bibliographiques, le travail se faisait alors dans les bouquins, ou expérimentales, et là on faisait un petit peu de recherche, des fois. Et là, on croit qu'on va faire avancer la science. Hem. Et, comment dire, en plus souvent ça merde. ça marche pas comme on voudrait. Moi, ma thèse était expérimentale, mais c'était juste un questionnaire. J'avais bien des cas cliniques, mais la maladie que j'étudiais n'était pas neuve, le sujet m'avait été proposé en parallèle d'un autre, sur une maladie dans le même genre, mais à la mode, et puis émergente, qu'on ne connaissait pas encore bien. 

   Au début, je me suis dit  "oh c'est quand même une thèse expérimentale, à son petit niveau certes, mais c'est déjà ça". Au début c'était rigolo : enquête au téléphone, même si joindre des agriculteurs c'est pas toujours évident, puis je suis allée sur le terrain poser les questions en direct et c'était plutôt sympa. Puis sont survenues les premières désillusions, les premières angoisses : mon sujet avait déjà été traité maintes et maintes fois, avec des études plus poussées que la mienne, etc. Donc ce que je fais ne sert vraiment à rien ? Mais si, un tout petit peu... On va dire que j'ai étudié les particularités de cette maladie dans la clientèle où j'étais en stage.

   Est venu le temps de la rédaction, en particulier de la partie expérimentale ; et d'une autre dégringolade : des questionnaires, je n'en avais pas beaucoup, et qu'y avait-il d'exploitable là-dedans ? 

   Heureusement que j'avais une directrice de thèse à l'écoute, intéressée et intéressante, et si bien sûr mes ambitions ont été revues à la baisse j'en ai tiré quelque chose de correct. Je suis même tombée sur un président du jury (qui est médecin et non véto, si si) qui a lu ma thèse et s'y est intéressé, tout ponte qu'il soit. La soutenance s'est bien passée, et après, après... Et bien c'est enfin fini !

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