Conversations
La tripoteuse de tête est rentrée de vacances. On se revoit donc, dans le moelleux de son cabinet. Tout est doux chez elle, les tapis, le fauteuil, son sourire, ses yeux. Pas sa voix. Elle a le phrasé râpeux. Toujours au bord de la quinte de toux. J'aime sa voix, son timbre rêche d'ancienne fumeuse et la chaleur de nos entrevues. Je passe la voir avant de rentrer chez moi le jeudi après-midi, elle me prépare un thé entre deux consultations.
Son cabinet est tout petit mais on s'y sent bien, j'aime beaucoup la décoration sobre et les couleurs. Elle me parle de sa fille qui a mon âge et qui fut ma meilleure amie, je lui parle de mon hypothétique déménagement. On se parle un peu de nos patients, à deux ou quatre pattes. Si j'osais, je lui enverrais bien quelques clients, parce que si je soigne les animaux je ne me sens pas qualifiée pour leurs maîtres. Je les écoute, c'est la seule chose que je puisse faire (et c'est incroyable tout ce qu'ils peuvent me dire). Ils me sont parfois sympathiques et me font souvent sourire, ils se contentent en général d'un antropomorphisme bénin. Mais parfois leurs angoisses déteignent sur leurs compagnons qui absorbent toute cette détresse, et l'expriment à leur manière. Dans ces cas-là, oui dans ces cas-là la phrase entendue si souvent "mais ce sont les maîtres qu'il faut soigner" prend un peu de sens. Quand l'animal n'est qu'un des symptômes d'une souffrance.
Quant à moi, peut-être ces conversations délient-elles quelques noeuds, je ne suis pas encore entrée pour une "vraie" consultation...
Son cabinet est tout petit mais on s'y sent bien, j'aime beaucoup la décoration sobre et les couleurs. Elle me parle de sa fille qui a mon âge et qui fut ma meilleure amie, je lui parle de mon hypothétique déménagement. On se parle un peu de nos patients, à deux ou quatre pattes. Si j'osais, je lui enverrais bien quelques clients, parce que si je soigne les animaux je ne me sens pas qualifiée pour leurs maîtres. Je les écoute, c'est la seule chose que je puisse faire (et c'est incroyable tout ce qu'ils peuvent me dire). Ils me sont parfois sympathiques et me font souvent sourire, ils se contentent en général d'un antropomorphisme bénin. Mais parfois leurs angoisses déteignent sur leurs compagnons qui absorbent toute cette détresse, et l'expriment à leur manière. Dans ces cas-là, oui dans ces cas-là la phrase entendue si souvent "mais ce sont les maîtres qu'il faut soigner" prend un peu de sens. Quand l'animal n'est qu'un des symptômes d'une souffrance.
Quant à moi, peut-être ces conversations délient-elles quelques noeuds, je ne suis pas encore entrée pour une "vraie" consultation...
Cinquième participation aux sabliers givrés de Kozlika, amorce choisie par Benjamin, début du billet "la femme espadon" de David, sur son blog Tangible.
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